Sur la planche j’ai glissé

Sur la planche j’ai glissé avancé

Contre le trottoir, les cailloux tassés

Avec la jambe, posé le pied

Pratiqué le levé porté

Descendu les escaliers

Pris les souterrains surpeuplés

Sans retenue, amour nu

Me suis immiscé dans le vent

Les mains énervées du temps

Les yeux levés

Vers le ciel d’après pluie

Muscles sourds puis durs

Leur soif ai étanchée

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Gouttes

La première tempête d’ouest des mois en « R » souffle sur Paris. Ses gouttes ruissellent sur les vitres du salon. Fini le bleu de l’été indien, sa chaleur et sa lumière. Bonjour le gris clair de l’automne et ses feuilles roussies.

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Quelle rue habitez vous ?

Rue Marx Dormoy 18e arrondissement de Paris. Il est vingt-et-une heure trente quatre un lundi soir. Les bénévoles de Robins des rues discutent avec une personne sans domicile s’abritant de la pluie sous l’auvent du Monoprix. La discussion est difficile : il est imbibé et étranger.

Leur but : repérer/lister les SDF, savoir où ils en sont par rapport à la dernière fois qu’ils les ont rencontrés, leur apporter un petit peu de réconfort par une présence, du café ou du thé chaud, les informer sur les hébergements, dialoguer simplement. Le suivi est fait sur cahier ; il n’est pas informatisé et ce pour des raisons évidentes. But ultime : sortir un certain nombre d’entre eux de la rue.

Leur particularité : grâce a leur « camion » spécialement aménagé, les équipes de trois minimum vont voir les personnes sans abri sur leur lieu de vie. Leur rue. Leur bout de trottoir. Leur banc. Leur dessous de pont. Leur grille d’évacuation de l’air chaud du métro.

J’ai travaillé dans cette association le vendredi de 21h à 3h du matin. C’était il  y a 6 ans. J’ai tenu six mois. J’aurais pu tenir peut-être un an mais certainement pas plus. C’est dur Robins des rues. Tant la nuit courte que l’accumulation de douleurs silencieuses.

Je sais, ça fait « pôvre riche » alors je n’irai pas plus loin. Faites le six mois et on en reparle.

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Ma fille est un mystère pour moi

Ce soir au restaurant favori avec ma grande fille. Comme a l’habitude elle parle peu. Ma grande fille rêve. Ses yeux bleu vert sondent le plafond. Elle regarde et semble admirer les jeunes  femmes à la table voisine — des artistes qui discutent — elle future ? Ou bien s’interroge t-elle sur les publicités pour d’anciennes boissons accrochées au mur jaune ? Ma fille est souvent un mystère pour moi.

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L’homme en noir et le diable dans le métro – Ou une histoire de pompes

Ce  samedi 13 septembre 2014, j’attend le métro. Sur le banc à côté de moi, un jeune homme au favoris roux clairsemés est assis en habit noir avec une pochette blanche. Élégant, tranquille et sûr de lui semble t-il. Élite-BCBG-NAP-NAP-15e-16e me dis-je : pour moi, lisse et sans intérêt.

Une chose attire pourtant mon attention. Elle m’étonne même. Le jeune homme en costume noir porte des chaussures qui n’ont pas l’air particulièrement à la mode. Pour tout dire, alors qu’il a une allure à se soigner pour aller au bureau, ses chaussures me rappellent furieusement mes Paraboots des années 80, une marque aujourd’hui disparue.

De but en blanc, je pointe ses chaussures : « Paraboots ? » « Non, me répond il, Mephisto » (une marque très connotée vieux schnocks). Première surprise. Intérêt de ma part. Nous discutons alors du confort de cette marque et je le félicite de ne pas se conformer strictement à la mode du moment.

Et là, deuxième surprise, il ajoute : « Je suis séminariste. Et je porte la marque du diable. » Nous commençons à sourire. J’enchéris en précisant que le logo de la marque est un trident.

Il a 22 ans. Je lui parle du parrain de mon frère, un prêtre qui a commencé dans la « vraie » vie comme commercial chez le fabricant de chaussures Kickers. Et lui de me dire qu’il travaillait chez le fabricant et vendeur de vêtements Burton avant d’embrasser la vocation !

Tout se finit par une franche rigolade quand il cite parmi les voeux du baptême, voeux à renouveler lors de l’ordination :  » Renoncer aux pompes de Satan  » !

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S’occuper

Mardi 19 août 2014. Vous sortez à 17h45 d’un entretien préalable. Ceux qui ont fait du droit ou ont vécu un licenciement savent ce que c’est : une grande claque – appliquée avec un regret parfois sincère, souvent feint – dans la figure. La personne représentant l’employeur commence par vous dire qu’elle n’aime pas ce qu’elle s’apprête à faire. Que ce n’est pas agréable. Et pour vous donc … Quelle politesse de sa part. Tout se passe comme si, plus les gens se plaignent, moins ils souffrent en réalité, voire plus ils manipulent les autres. Vous, vous avez respecté les formes : vous avez écouté, vous ne vous êtes pas énervé.

Vous saviez que vous alliez devoir partir, vous reconvertir, vous avez commencé à vous y préparer. Mais rien n’équivaut à entendre votre patronne avec ou pour qui vous avez travaillé six, huit, dix, quatorze ans vous dire que vous ne leur servez plus à rien. De leur point de vue : en fait, fondamentalement, vous coûtez trop cher et on ne vous a pas donné les moyens de vous adapter. On ne vous a même pas prévenu qu’il faudrait vous adapter. On ne veut pas que vous fassiez des efforts. On n’a rien à vous reprocher, et même on vous aime bien. Mais on vous préfère dehors.

Comme tout a l’air précis sous la lumière. Et ridicule.

Vous le savez : personne dans l’entreprise ne prendra parti pour vous. C’est trop dangereux.

Vous le savez : la comédie est finie. Désormais vous êtes seul.

Vous le savez : il va falloir vous occuper de vous comme si vous étiez à la fois votre père et votre mère. Coups de pied au cul et se réconforter. Etudier dur et bien se nourrir. Relancer les contacts du réseau et faire venir dîner les amis, les rares, les vrais.

Vous le savez : vous aviez de quoi occuper le vide que vous nommiez votre vie quotidienne. Vous ne l’avez plus. Il va falloir remplir. « Avec quoi ? », vous dîtes vous. Musique, DVDs et alcool ?

Vous le savez : ce n’est que le début. Et là résident les risques. Et les chances.

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